Article paru aujourd'hui dans La Provence :
Santos : enfin, ça bouge !
Les Ultras écrivent à Nicolas Sarkozy, la famille reçue par Frédéric Vigouroux, maire de Miramas
Santos Mirasierra, ci-dessus avec la casquette jaune, est blessé à la main. Il discute avec la Guardia Civil. Ses négociations lui vaudront d'être
interpellé.
Santos Mirasierra, le supporter des Ultras Marseille arrêté après le match Atlético- OM, le match de la honte dont les actes restent encore impunis, a passé sa quatrième nuit à la prison de
Soto del Real, à 50 kilomètres au nord de Madrid. Sur le plan judiciaire, rien n'a évolué hier. Le juge attend toujours demain pour visionner les images de la vidéo surveillance du stade, les
seules recevables à ses yeux.
L'avocat espère que cette séance sera effectuée en présence de Santos. À Marseille, dans le milieu des supporters et au sein du club, malgré l'absence de réaction de la mairie, à Miramas, où il
réside, le soutien s'organise. Il se substitue au silence assourdissant des autorités françaises depuis le lynchage organisé, au manque de réactivité des hautes sphères politiques et sportives.
Quant à l'UEFA, elle a été très occupée, ces derniers jours, par la procédure du tirage au sort de la phase de poules de la coupe UEFA ! Hier, la famille de Santos a été reçue par le maire de
Miramas, Frédéric Vigouroux. Dans la continuité de cette entrevue, elle a adressé une lettre au Président de la République.
Le maire lui-même tente de réveiller les autorités en ouvrant toutes les portes nécessaires. Il adressera dans la journée un courrier à Nicolas Sarkozy, mais a déjà tapé à la porte du Préfet de
Région, de Michel Vauzelle, président du Conseil régional, d'Eugène Caselli, à la Communauté Urbaine de Marseille.
De son côté, Michel Vauzelle a saisi le ministère des Affaires étrangères et Bernard Kouchner. Le milieu professionnel de Santos s'est également retroussé les manches, tant au niveau de ses proches
collaborateurs, des représentants syndicaux que de sa direction. Les actions de soutien ont dépassé la frontière.
En Espagne, les Ultras de La Corogne, section où l'avocat de Santos est abonné, ont organisé, hier, une conférence de presse pour tenter de rompre la désinformation semée en Espagne par les
pouvoirs publics. Dès le week-end dernier, au stade du Riazor, où le Deportivo recevait Numancia en championnat, les Ultras ont déployé une immense banderole réclamant la liberté de Santos. Les
supporters olympiens s'affairent de leur côté.
Hier, les
Ultras Marseille ont rédigé une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy (
voir ci-dessous). Dans un document adressé à plusieurs ministères et à l'Élysée, les Dodger's ont
privilégié un récit de la journée dans la capitale espagnole, avec des exemples à la clé :
1. Amende de 90 euros pour stationnement interdit du bus, alors que celui-ci avait été parqué par les forces de police;
2. Avalanche de coups de matraque dans la file conduisant au stade, avant même de pénétrer dans la tribune;
3. Obligation d'avancer dans les excréments de chevaux; le reste est connu de tous. D'autres détails nourrissent le courrier, dont un rappel des règlements sur la responsabilité des clubs.
Du côté de l'OM, dont le rapport est parti lundi soir, on continue de nouer des contacts avec les ministères pour engager des procédures, voire des démarches afin de faciliter la sortie de prison
de Santos.
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Le document : la lettre à Sarkozy
Voici le courrier adressé hier au sommet de l'État et signé de la main du président de l'association, Christophe Bourguignon :
"À la suite des incidents qui se sont déroulés à Madrid ce 1er octobre 2008 à l'occasion du match Atlético Madrid - OM, notre ami Santos Mirasierra a été interpellé par la police et incarcéré pour
des violences sur agent de la force publique. On lui reproche essentiellement, sur la foi de témoignages policiers, d'avoir jeté un siège sur la Guardia Civil.
"L'ensemble des témoignages recueillis, parmi les personnes présentes, témoigne que ces accusations sont purement mensongères. Deux policiers de la Brigade des Violences Urbaines de Marseille ont
assisté à cette scène et peuvent également attester de la fausseté des accusations portées à son encontre. Des photos, prises pendant les incidents, démontrent parfaitement l'absence d'état
d'esprit belliqueux de notre ami et la cassette du match, délivrée par Canal+ Espagne, le disculpe formellement, puisqu'il est à plusieurs mètres de l'affrontement en question.
"Malgré cela, le juge, chargé de son dossier, se refuse à y faire référence, au prétexte fourni par les policiers accusateurs que les images ont pu être "
truquées" (sic). Devant cette
injustice, nous ne pouvons que considérer que Santos est le bouc émissaire destiné à masquer les graves turpitudes de la police espagnole qui s'est rendue coupable de violences injustifiées et
graves à l'encontre de nombreux ressortissants français.
"Nous vous demandons solennellement d'intervenir auprès du gouvernement espagnol pour que cesse cette parodie et que notre concitoyen recouvre au plus vite une liberté qu'il n'aurait jamais dû
perdre."
Source La Provence.
Article paru mardi dans La Provence :
Un silence incompréhensible
Six jours après les événements vécus lors d'Atlético Madrid - OM
Des coups de matraque gratuits, les Marseillais ont reçu un accueil odieux. Les autorités françaises, politiques et sportives, l'UEFA ne semblent pas avoir pris
la dimension du scandale.
Au fil des jours, le fil des événements vécus lors d'Atlético- OM se dénoue. Vingt minutes avant le coup d'envoi, un stadier espagnol demande aux Ultras d'enlever leur banderole sur laquelle est
apposée une tête de mort.
C'est une première infraction au règlement concernant les règles de sécurité de l'UEFA. Sont seulement autorisés à intervenir dans la zone réservée aux supporters adverses, les stadiers du club
visiteur et les forces de l'ordre, sur réquisition pour ces derniers. Les responsables des Ultras refusent donc d'obtempérer. Le stadier quitte la tribune.
Moins de cinq minutes plus tard, la Guardia Civil arrive sur site. Que se passe-t-il dans ce laps de temps ?
Le commandant de la Guardia Civil intervient auprès des deux policiers français, appartenant au Groupe des Violences Urbaines de Marseille, présents sur place et maîtrisant parfaitement
l'espagnol. Selon nos informations, il leur demande de faire enlever une banderole qui déplaît à l'UEFA. L'instance réfute cette version. Les deux policiers descendent sur la pelouse pour
visualiser la bâche.
À ce moment-là, la Guardia civil entre en scène. Question: a-t-elle délibérément éloigné les policiers français pour déclencher les hostilités ? Selon plusieurs sources, les Ultras décident
alors de cacher la tête de mort pour apaiser les esprits. Mais soudain, les coups pleuvent.
Les policiers espagnols se servent de leur matraque et tapent sur tous les supporters, hommes, femmes, jeunes et moins jeunes. Une charge sauvage sans distinction où plusieurs personnes
sont blessées. Le directeur de la sécurité de l'OM, Guy Cazadamont, est molesté, envoyé au sol. Des supporters sont balancés plusieurs rangs plus bas.
Les images parlent. Nul ne peut les contester. José Anigo s'indigne et, depuis le banc de touche, s'avance vers la tribune. Avec Pape Diouf, ils rejoignent les supporters. À leur arrivée, les
policiers espagnols se retournent vers eux. Il faut le réflexe du délégué UEFA, les deux mains en avant, pour freiner l'ardeur ibérique : "Presidente, presidente...", dit-il pour
prévenir.
Le président olympien refuse de quitter les lieux tant que la Guardia Civil n'a pas évacué la tribune. Il obtient satisfaction après plusieurs minutes de discussions. À l'heure de
l'égalisation, les supporters handicapés placés juste derrière le but de Leo Franco sont pris pour cibles par les supporters espagnols et reçoivent de multiples projectiles. Pour toute
protection, on leur demande de changer d'endroit.
Dans un autre endroit du stade, les supporters espagnols essuient leur haine contre Thierry Trésor, journaliste français de couleur. Quand Mandanda, Taiwo ou Niang touchent le ballon, on entend
des "Puta de negra...".
À la fin de la rencontre, des "Sieg heil" descendent des tribunes. À l'heure du départ, Santos Mirasierra, dont toutes les photos montrent son empressement pendant les heurts à négocier
et à ramener le calme chez les policiers, est arrêté pour trouble à l'ordre public. Il aurait été prévenu avant même d'entrer au stade que si des événements se produisaient, il serait arrêté, son
look étant facilement repérable.
Les policiers ont tenu parole. Aurait-il été victime d'une vengeance gratuite ou d'un délit de sale gueule ? Sous le tunnel longeant le stade, des policiers entrent de force dans les bus et
frappent sans réfléchir les premiers rangs.
Curieusement, la scène se déroule après le départ du bus des joueurs et des dirigeants. Colette Cataldo est victime d'une fracture du poignet en se protégeant le visage. Un chauffeur de car est
frappé par derrière à coups de matraque au moment où il se baisse pour fermer la porte du véhicule. Lâche.
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QUE FAIT MICHEL PLATINI ?
Le délégué de la rencontre, l'Autrichien Gerhard Kapl, a rédigé un rapport au coeur duquel il décline la responsabilité de l'instance sur la charge policière. Il s'étonne aussi du comportement des
forces de l'ordre. Il mentionne encore les jets d'objets contre les handicapés marseillais. Quid des propos racistes ?
À vrai dire, difficile de le savoir. L'UEFA devrait pourtant savoir qu'un international français, Steve Mandanda, avoue sur son site officiel en avoir pâti durant toute la rencontre. On le sent
même résigné: "J'en ai moi-même été victime, mais c'est comme ça, dit-il, fataliste. On ne peut malheureusement pas beaucoup faire changer les choses. Ça ne date pas d'aujourd'hui, ça a toujours
existé et les plaintes ou différentes sanctions n'ont jamais rien changé." L'UEFA, toujours plus rapide à sanctionner les clubs de plusieurs dizaines de milliers d'euros pour deux ou trois
fumigènes, a ouvert une enquête. L'histoire ne dit pas encore si elle durera aussi longtemps que celle diligentée après le match contre le Zénith Saint-Pétersbourg.
Cinq mois... "C'est malheureux à dire, nous a confié un supporter, hier. Pour faire bouger les choses, il aurait fallu que notre président ou notre directeur sportif soient bousculés lorsqu'ils
sont venus nous rejoindre pour que l'instance ouvre les yeux. Tout le monde s'en fout. "Le président de l'UEFA, Michel Platini, est français et il n'a pas témoigné un regret, tenu une parole de
réconfort pour le club le plus représentatif de France. J'éprouve un sentiment de dégoût."
Source La Provence.
Article paru mardi dans La Provence :
Supporter incarcéré à Madrid : "Rendez-nous Santos !"
À Miramas, la famille du supporter Ultra incarcéré à Madrid lance un cri d'alarme
Document 'La Provence'. Parlant espagnol, Santos Mirasierra, avec la casquette jaune, a cherché à apaiser les esprits en discutant avec les
policiers.
Elles portent un peu de lui sur leurs épaules. Sèverine, la compagne, et Lucile, la soeur, sont vêtues chacune d'une veste et c'est comme si Santos était auprès d'elles. "
Il me l'a offert pour
mon anniversaire, confie la seconde en frottant son haut de survêtement aux couleurs olympiennes.
Je ne le quitte pas." Sèverine en dit tout autant : "
Cette veste, c'est celle
qu'il avait au stade Vicente-Calderon, mercredi dernier." Elle l'a récupérée le lendemain avec d'autres affaires ramenées par les amis des Ultras 84 de retour de Madrid en bus.
Ce jour-là, Santos Mirasierra devait être avec eux, mais interpellé par la Guardia Civil à sa sortie du stade la veille au soir, il venait de passer sa première nuit en garde à vue dans un
commissariat de la capitale espagnole. Ses proches avaient été avertis au petit matin, par un membre des Ultras présent à Madrid. Hier soir, dans le salon de la maison familiale, à Miramas, tous
essayaient de comprendre. "
Quand j'ai su cela, je suis tombée des nues, racontait Lucile en prenant Didier, son compagnon, Laura, Adrien, leurs enfants, et Sèverine pour témoins.
Santos arrêté par la police pour des faits de violence ? Mais c'est quelque chose d'impensable ! Ilne cherche jamais à se battre. Au contraire, il privilégie le dialogue. Il est calme. Tout le
monde vous le dira." "Sa passion, sa vie même, c'est l'OM et au milieu des supporters, il a toujours eu un rôle de médiateur", renchérit Didier, abonné chez les Yankee avec sa compagne et sa
fille, alors qu'Adrien a choisi les Fanatics.
Ici, on ne compte pas ses heures pour soutenir l'OM. Son premier match, Santos, lui, y a assisté à l'âge de 12ans. "
C'est moi qui l'avais emmené", se souvient Didier. Depuis, "Santi",
comme on l'appelle dans la famille et ailleurs, a gravi tous les échelons chez les Ultras pour devenir un "capo" respecté et écouté. Il y a également trouvé l'amour. "
On se connaissait du
collège et on s'est retrouvé dans le virage sud", relève Sèverine. Derrière ses petites lunettes, ses yeux peinent à ne pas s'embuer. Face à elle, on devine que Lucile lutte aussi pour ne pas
céder aux larmes. Didier préfère se lever pour fumer près de la fenêtre.
L'évocation de tous ces souvenirs rend l'attente plus douloureuse encore dans cette pièce si loin de Madrid. Sur une petite table, des photos de "Santi" renvoient le sourire d'un gars de 34 ans
plein de vie. "
Un type bien, insiste Lucile.
On l'accuse d'avoir frappé un policier, mais jamais il n'aurait fait ça. Durant la charge de la Guardia Civil, je suis persuadée qu'il
s'est interposé pour parlementer avec les forces de l'ordre et pour que toute cette violence cesse. Ils vont bien finir par s'en apercevoir. C'est un mauvais film. Il faut le relâcher ; rendez-nous
Santos !"
Mais les jours s'égrènent et les nouvelles arrivent au compte-gouttes. "
Nous n'avons pas pu lui parler une seule fois, s'indigne Sèverine.
Il y a heureusement un véritable élan de
solidarité. Les Ultras de Marseille et d'autres pays se mobilisent. C'est d'ailleurs l'avocat des Ultras de La Corogne qui est en relation avec Santi. Il a pu lui parler longuement. Ceux des Ultras
marseillais et de l'OM s'affairent aussi. On ne baisse pas les bras. Il faut que ce cauchemar cesse."
Source La Provence.